Doctrine
de
l'Eglise luthérienne
Tout prêtre quil soit, Luther néchappe pas, et peut-être moins que quiconque, à langoisse de la mort et de la damnation éternelle qui hante ses contemporains. La durée moyenne de vie est faible (une trentaine dannées). Les guerres, les épidémies, les famines, le brigandage et la misère laissant peu de place à lespoir en cette existence terrestre, cest naturellement vers Dieu, maître de lau-delà, que lhomme cherche compensation et consolation. Aussi sattache-t-il à mériter ses faveurs. Mais la connaissance de son péché lui donne peu dillusions sur ses chances de rachat. Dans lEglise, au mieux, on prêche la repentance et laccomplissement de bonnes actions ; au pire, on " vend " des indulgences, en un commerce qui peut se révéler très lucratif. La lumière, trouant lombre menaçante de cette angoisse, cest dans la Bible que Luther la cherche et dans lépître de Paul aux Romains quil la découvre. Cest par un acte de confiant abandon en Jésus-Christ qui a racheté notre péché en mourant pour nous sur la croix que nous sommes sauvés. La grâce nous vient de Dieu, et la foi en Christ est la clé qui nous ouvre les portes du salut. Les uvres caritatives que nous pouvons accomplir ne sont quun témoignage de gratitude en réponse à ce salut et damour pour notre prochain conformément au commandement que Christ nous a apporté. Mais elles ne sont pas le prix du salut qui est donné par Dieu à tout homme touché par la foi.
Luther fonde sur la lecture des épîtres de Paul aux Romains et aux Corinthiens sa conviction quil nexiste, aux yeux de Dieu, aucune préséance des croyants dans le service de lEglise. " Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps en Christ, étant tous membres les uns des autres, chacun pour sa part ". " Les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires et ceux que nous tenons pour les moins honorables, nous les entourons du plus grand honneur "." Chacun reçoit le don de manifester lEsprit en vue du bien de tous. Mais le seul et même Esprit distribue à chacun ses dons selon sa volonté ". Cette conception désacralise le rôle du prêtre. Mais Christ lui-même, ainsi que nous le rapporte lévangile de Jean, na-t-il pas montré lexemple en lavant les pieds de ses disciples et en prêchant lhumilité de tout homme devant Dieu ? " Le serviteur nest pas plus grand que son maître ni lenvoyé plus grand que celui qui lenvoie ". Elle permet à Luther, en tous cas, denvisager une large démultiplication de son enseignement et dy impliquer, jusque dans les plus modestes logis, les pères et mères de famille. La tradition de la lecture de la Bible, dont de nombreux témoignages demeurent au Pays de Montbéliard, en constitue le plus probant exemple.
Claude Koenig