Doctrine de
l'Eglise luthérienne

Extrait de « En Dieu mon appuy ou l'histoire des confessions chrétiennes au Pays de Montbéliard »  textes recueillis et edités par Thierry Huckel, et publiés par l'Association Française d'Histoire Anabaptiste Mennonite, 1999.

 

La doctrine de Luther se fonde sur trois points

L’autorité souveraine de la Bible

Le salut par la grâce

Le sacerdoce universel

 

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L’autorité souveraine de la Bible

Durant tout le temps de ses études de théologie à Erfurt, Martin Luther éprouve et exprime de la méfiance, sinon de l’aversion, pour la prédominance accordée à la lecture et à l’étude des théologiens médiévaux au détriment des textes bibliques. L’insistance de son professeur Usingen l’exhortant à " lire les anciens théologiens qui ont tiré de la Bible tout ce qu’il est nécessaire de connaître de la vérité " et le mettant en garde contre cette Bible qui est " semence de rébellion " ne fait que décupler en lui la soif d’aller boire à la source et de connaître la vérité par la lecture et la méditation des textes du Saint Livre. Cette phrase, qu’il écrivit en 1518, résume parfaitement cette résolution : " Dans l’Eglise, rien ne doit être cultivé avec plus de soin que le Saint Evangile, car l’Eglise ne possède aucun bien plus précieux et plus salutaire ". Toute sa vie, il voudra partager ce trésor avec le plus grand nombre en traduisant les textes d’origine grecque en allemand contemporain. Il bénéficiera de la mise au point récente de l’imprimerie par Gutenberg, au milieu du XVème siècle, pour les diffuser largement. Enfin, il initiera une politique d’éducation populaire d’envergure en écrivant son " grand " puis son " petit catéchisme " et en favorisant la création d’écoles.

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Le salut par la grâce

Tout prêtre qu’il soit, Luther n’échappe pas, et peut-être moins que quiconque, à l’angoisse de la mort et de la damnation éternelle qui hante ses contemporains. La durée moyenne de vie est faible (une trentaine d’années). Les guerres, les épidémies, les famines, le brigandage et la misère laissant peu de place à l’espoir en cette existence terrestre, c’est naturellement vers Dieu, maître de l’au-delà, que l’homme cherche compensation et consolation. Aussi s’attache-t-il à mériter ses faveurs. Mais la connaissance de son péché lui donne peu d’illusions sur ses chances de rachat. Dans l’Eglise, au mieux, on prêche la repentance et l’accomplissement de bonnes actions ; au pire, on " vend " des indulgences, en un commerce qui peut se révéler très lucratif. La lumière, trouant l’ombre menaçante de cette angoisse, c’est dans la Bible que Luther la cherche et dans l’épître de Paul aux Romains qu’il la découvre. C’est par un acte de confiant abandon en Jésus-Christ qui a racheté notre péché en mourant pour nous sur la croix que nous sommes sauvés. La grâce nous vient de Dieu, et la foi en Christ est la clé qui nous ouvre les portes du salut. Les œuvres caritatives que nous pouvons accomplir ne sont qu’un témoignage de gratitude en réponse à ce salut et d’amour pour notre prochain conformément au commandement que Christ nous a apporté. Mais elles ne sont pas le prix du salut qui est donné par Dieu à tout homme touché par la foi.

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Le sacerdoce universel

Luther fonde sur la lecture des épîtres de Paul aux Romains et aux Corinthiens sa conviction qu’il n’existe, aux yeux de Dieu, aucune préséance des croyants dans le service de l’Eglise. " Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps en Christ, étant tous membres les uns des autres, chacun pour sa part ". " Les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires et ceux que nous tenons pour les moins honorables, nous les entourons du plus grand honneur "." Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous. Mais le seul et même Esprit distribue à chacun ses dons selon sa volonté ". Cette conception désacralise le rôle du prêtre. Mais Christ lui-même, ainsi que nous le rapporte l’évangile de Jean, n’a-t-il pas montré l’exemple en lavant les pieds de ses disciples et en prêchant l’humilité de tout homme devant Dieu ? " Le serviteur n’est pas plus grand que son maître ni l’envoyé plus grand que celui qui l’envoie ". Elle permet à Luther, en tous cas, d’envisager une large démultiplication de son enseignement et d’y impliquer, jusque dans les plus modestes logis, les pères et mères de famille. La tradition de la lecture de la Bible, dont de nombreux témoignages demeurent au Pays de Montbéliard, en constitue le plus probant exemple.

Claude Koenig