Histoire
de
l'Eglise luthérienne locale
Extrait de « En Dieu mon appuy ou l'histoire des confessions chrétiennes au Pays de Montbéliard » textes recueillis et edités par Thierry Huckel, et publiés par l'Association Française d'Histoire Anabaptiste Mennonite, 1999.
Ce nest que dix années plus tard, après que le Comté de Montbéliard eut même été pendant quelques mois acquis par François Ier puis racheté par Ulrich sur linjonction de Charles Quint, que le projet réformateur retrouve un second souffle. Le lorrain Pierre Toussain, premier " pasteur " de Montbéliard va, de 1535 jusquà sa mort en 1573, implanter et organiser la jeune Eglise avec talent et fermeté. En 1538, le prince décrète labolition de la messe. Treize paroisses sont constituées. Des écoles sont ouvertes pour permettre au plus grand nombre de lire et de diffuser les évangiles. La première lest à Montbéliard dès 1537. Avant la fin du siècle, vingt autres le seront, réparties dans toutes les paroisses.
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La paix religieuse dAugsbourg du 3 octobre 1555 reconnaît officiellement lexistence du protestantisme dans lempire pour les Etats et non pour les individus. Lapplication de ce principe cujus regio, ejus religio (la religion du pays est la religion du prince) conforte la réforme dans le Pays de Montbéliard. Une grande ordonnance ecclésiastique, proclamée en 1559-1560, organise cette Eglise, lécole et lassistance par la Boîte des pauvres. Dès 1560, des écoles primaires sont créées dans toutes les paroisses pour les garçons et les filles de 6 à 14 ans. Cependant les pasteurs, les notables et les bourgeois les plus évolués acceptent difficilement certaines thèses du luthéranisme imposé par les princes (touchant notamment à la symbolique des espèces utilisées pour célébrer la Cène) qui heurtent leur sensibilité zwinglienne. La formule de concorde de Wittemberg inspirée par le duc est très mal perçue à Montbéliard. Le célèbre colloque de Montbéliard, une discussion publique organisée en 1586 par le prince Frédéric entre les partisans des deux " chapelles " ne permet pas de rapprocher les points de vue. Le prince tranche alors avec la Confession de Foi de Montbéliard le 7 mai 1587. Cest par le biais de la formation des futurs pasteurs à Tübingen que le luthéranisme simposera progressivement à la population sans jamais recueillir auprès delle plus quune adhésion de circonstance à des principes confessionnels auxquels elle naccorde pas une importance capitale.
Cette prépondérance du luthéranisme, le prince Frédéric va laffirmer de belle manière avec la construction à Montbéliard du temple Saint-Martin. Cette érection, que la croissance démographique de la cité a rendue nécessaire (de 2 100 habitants en 1586 on en comptera 3 600 en 1618), permettra daccueillir au culte dans un édifice plus spacieux tous les réfugiés huguenots chassés de France, de Lorraine et de Franche-Comté par les persécutions religieuses. La ville sest agrandie pour les recevoir, dès la fin du XVIème siècle, de ce qui constitue aujourdhui le faubourg de Besançon.
Cest à larchitecte Schickhardt que le prince confie le soin de cette réalisation quil juge aussi nécessaire à son prestige quindispensable à son peuple. Elle saccomplira entre 1601 et 1615 pour le gros uvre et les aménagements intérieurs. Elle requerra le savoir-faire déquipes composées paritairement de Wurtembergeois et de Montbéliardais. Ce nest quen 1677, sous loccupation militaire des troupes de Louis XIV et après que lédifice eut été menacé de destruction, quun clocher modeste est édifié. Cest ce clocher de bois qui domine encore fièrement aujourdhui la silhouette puissante du temple Saint-Martin, bel édifice de la Renaissance germanique et la plus ancienne des églises françaises en activité construites pour y célébrer un culte protestant.
Les guerres qui se succèdent en Europe sont souvent teintées dune connotation religieuse. Cest pourquoi le Comté de Montbéliard et son luthéranisme ne sont pas épargnés. Ni par les ravages des Guise en 1588, désireux de punir le comte Frédéric de son appui substantiel au futur Henri IV, ni par la protection française de 1633 à 1651 durant leffroyable Guerre de Trente Ans. Le prince Léopold-Frédéric est-il restauré dans sa souveraineté en 1651 en application du traité de Westphalie ? Ce répit est de courte durée. En 1676, sur ordre de Louis XIV, le maréchal de Luxembourg reprend militairement la principauté qui est rattachée à la France. Le traité de Nimègue en 1678 y rétablit le catholicisme dans lancienne académie à Montbéliard. Le luthéranisme est partout toléré, respecté (traités de Westphalie, 1648). Il faut attendre le traité de Ryswick concluant en 1697 la Guerre de la ligue dAugsbourg pour que le prince Georges II puisse en reprendre possession.
Mais à partir de 1700, au mépris de tout accord, et malgré les protestations énergiques et réitérées de tous les ducs de Wurtemberg successifs, les Quatre Terres sont à nouveau occupées par les troupes françaises. Les brimades et les persécutions contre les luthériens sy multiplient, dont une dragonnade sanglante à Chagey en 1740 reste lépisode le plus marquant. Un traité signé à Versailles en 1748 par Louis XV et le duc de Wurtemberg rétablit une paix religieuse précaire mais démembre la Principauté, réduite au seul comté de Montbéliard et à la seigneurie dEtobon " les cinq villages des bois ". Les Quatre Terres restent sous contrôle français comme elles le sont, de fait, depuis 1700.
Sur le plan religieux, cette situation est compliquée par le fait que les princes de Wurtemberg se sont convertis au XVIIIème siècle au catholicisme. Néanmoins, ils sengagent formellement par des lettres reversales signées par le duc Charles-Alexandre de 1729 à 1734 à respecter et défendre la prédominance luthérienne dans la principauté et ses dépendances.
Londe de choc de la Révolution de 1789 ne manque pas de sétendre jusquau comté qui est traversé par un flux de réfugiés français (nobles et ecclésiastiques). Les menaces de guerre européenne incitent le duc Frédéric-Eugène et sa famille à quitter leur château campagnard dEtupes, érigé en 1770, pour rejoindre le Wurtemberg en avril 1792. La principauté de Montbéliard apparaît dès lors suspecte à ses voisins français gagnés à la cause révolutionnaire. Les péripéties des prises successives de la ville aboutissent le 14 octobre 1793 à limplantation symbolique de la guillotine sur la place Saint-Martin et au basculement définitif dune entité géographique et de ses particularismes dans le giron de la toute jeune France républicaine.
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A la suite du coup dEtat du 18 brumaire de lan VIII (9 novembre 1799), le Consulat arrive fort à propos pour pallier le désordre administratif imposé par la République aux luthériens montbéliardais. Le Concordat, après avoir retiré au catholicisme son statut de religion dEtat, règle le sort de lEglise luthérienne de Montbéliard. Elle est organisée, à partir de 1804, en 5 consistoires : ceux de Montbéliard, Audincourt, Blamont, Saint-Julien et Héricourt. Elle constitue une Inspection de 30 paroisses (26 000 fidèles) desservies par 34 pasteurs. Elle est rattachée au Directoire Général de lEglise de la Confession dAugsbourg dont le siège est à Strasbourg.
Les consistoires sont dirigés par des notables choisis parmi les citoyens les plus imposés. Ils élisent les pasteurs des paroisses. Ces paroisses sont administrées par un conseil presbytéral comprenant les pasteurs et des laïcs élus parmi ses membres : les " anciens ".
Un des titres de gloire de linfluence luthérienne des princes de Wurtemberg, lenseignement instauré dès 1537 par Pierre Toussain, souffrit de cette rupture définitive. Lenseignement primaire, en milieu rural surtout, en fut réduit à " vivoter " durant toute la première moitié du XIXème siècle. Lenseignement secondaire put être rétabli dès 1810 dans létablissement des Halles. Lenseignement universitaire dut remplacer Tübingen par Strasbourg où une Faculté de théologie protestante fut créée en 1819.
La perte par la France de lAlsace et de la Lorraine en 1871, puis la loi de séparation de lEglise et de lEtat en 1905 modifièrent à nouveau lorganisation de lEglise luthérienne du Pays de Montbéliard. Elle constitue aujourdhui une des deux inspections de lEglise Evangélique Luthérienne de France (EELF), lautre étant sa consur parisienne. Elle a débordé de son implantation dorigine en se rattachant les protestants des secteurs de Lure, Vesoul, Maîche, Baume-les-Dames et du territoire de Belfort. Elle dessert une population de 30 000 personnes réparties en 23 paroisses. Elle est organisée selon le système presbytérien synodal, ce qui signifie que son gouvernement repose sur un équilibre entre les instances locales (conseils presbytéraux des paroisses), régionales et nationales (synodes régionaux et nationaux).
Lessor industriel, amplifié au XXème siècle par le développement de lautomobile, a nécessité lappel à une main-duvre de plus en plus diversifiée, catholique dabord puis musulmane, et réduit la proportion des luthériens qui se retrouvent minoritaires.
A la suite du retour de lAlsace - Lorraine à la France, à lissue de la première guerre mondiale, les Eglises luthériennes de lhexagone se sont toutes regroupées au sein de lAlliance Nationale des Eglises Luthériennes de France (ANELF).
Claude Koenig